En 1874, et malgré le scepticisme suscité par sa première Considération inactuelle, Nietzsche récidive. Rédigé dans le prolongement immédiat du premier, son second texte constitue une offensive d’une virulence accrue. C’est un jugement intraitable qu’il prononce : l’Allemagne est étouffée par le poids de l’histoire. Elle est embourbée dans un amoncellement de faits que le philistin de la culture agglomère.
Prisonniers du passé, les intellectuels allemands ont enfermé la jeunesse dans la connaissance historique et l’historicisme. Les morts ont empoisonné les vivants. La création artistique et la vie sont enterrées sous le fatras des dates clés, des faits légendaires et des personnages illustres. Nietzsche prend Goethe pour patron : « Au demeurant, je hais tout ce qui ne fait que m’instruire, sans augmenter ou stimuler directement mon activité. » Il faut briser le joug de l’histoire pour que les vivants dominent les morts : telle sera la tâche de cette deuxième Considération inactuelle.
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